17.03.2008
Mon bébé, ma vie, mon oeuvre
Quoi de plus légitime que de porter son bébé? Quoi de plus naturel? Et bien, tout dépend de l'acception du mot "bébé". S'il est évident qu'une femme enceinte est contrainte et forcée de porter le bébé, qu'en est-il du salarié, du free-lance qui se targue de porter "son bébé" (comprenez son projet) jusqu'au bout, et ce à la force de son poignet faiblard?
Car oui, le nouveau vocable hype du moment veut que l'on s'approprie un travail voire un projet jusque dans ses flancs, ça fleure bon 30 Millions d'Amis tout ça, Brigitte Bardot, la défense des poneys galeux et tout et tout. Et pourtant c'est un fait. Proclamer haut et fort être le porteur d'un projet, "la chair de ma couenne" est une valeur ajoutée à votre capital travail. Et oui (sic) : "Moi je ne me contente pas d'être un gratte-papier passif, je m'investis à fond les manettes, je donne tout, j'ai la gagne parce que j'entreprends" en étant porteur d'un projet (euh, pardon de "son bébé").
Ah! Nous y voilà, le joyeux refrain de la liberté d'entreprendre (comment ça contraignant? Pas du tout, suffit de le vouloir, c'est bien connu). Et puis d'ailleurs entreprendre quoi d'abord? Puisqu'il s'agit seulement d'obéïr encore plus benoîtement à son employeur ou à son client. Car, ne nous y trompons pas, il ne s'agit pas ici de porter un projet personnel longuement mûri mais de s'approprier le projet d'autrui en faisant montre d'un surinvestissement personnel à la limite de la décence. Qui se résume en ces termes : "Tu vois ce truc, enfin j'veux dire ce projet, j'y tiens à coeur, j'y crois parce que c'est mon bébé, j'irais jusqu'au bout".
Espérons pour lui qu'il ne lui faudra pas plus de neuf mois de gestation pour le pondre ce projet au risque de devoir faire appel à une mère porteuse. Mais là, il faudra délocaliser la boîte ou se délocaliser tout seul car la maman porteuse, elle est pas trop admise en France. Mais, ça, c'est un autre problème.
Cosmocronos
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