02.04.2008

A l'impossible, nul n'est...retenu

 

impossible.jpgAllez, je ne peux pas m’empêcher de vous conter un entretien que je viens de subir, hors-norme.
Je me rends dès potron-jacquet à un entretien, pour un poste de juriste dans la chaîne de télé préférée des français -à ce qu’il paraît- No problemo. J’y vais vaillamment et sans aucun a priori.
Je m’arrête donc à la station RER la plus proche de cette petite entreprise. Là, un léger doute m’assaille quant à l’adresse exacte, j’appelle donc la DRHache (pour être sûre, voyez) qui me confirme l’adresse du siège. Ok, je marche donc, encore et encore, passant des boulevards, des ponts, le périph’, risquant même ma peau (ya pas trop de passage piétons dans ce coin là). Bref, j’arrive pile poil à l’heure au siège de ladite chaîne. Après être passée au détecteur de mensonges, de métaux et après avoir dû décliner mon identité, je me dirige vers l’accueil.
La gentille dame en tailleur tricolore (le coq n’est pas loin) m’arrache des mains ma carte d’identité et après quelques manipulations grotesques sur son clavier, m’annonce tout de go : « Mais, vous vous êtes trompée, vous n’êtes pas à la bonne adresse là, il faut que vous vous rendiez à Central Park. »
Quid ?
A ce moment précis, une foule de questions m’assaille : Comment tu t’appelles déjà ? On est en quelle année ? Dans quel pays ? Parce que ce me semble, Central Park, ça résonne moyen français.
Soit, on va dire qu’il s’agit d’un lieu-dit. Après tout c’est aussi le nom d’un club de vacances avec bungalows flottants et compagnie. Original. C’est chouette quand même de voyager sans s’en rendre compte.
Bref, je rebrousse chemin, un peu énervée par le sens de l’orientation pointu de la DRHache. Mais finalement, j’y arrive (au passage, merci Monsieur le cafetier, le seul dans ce no man’s land pour m’avoir indiqué clairement l’adresse). Il aurait dû être DRHache.
Je suis alors dirigée par la juriste et la DRHache dans la salle de réunion. Ah, ça ! Pour une belle pièce, c’était une belle pièce, tout de gris vêtue et avec une grande table digne des conférences du G8.
La DRHache, très à l’aise (je me suis même demandée si…Tiens, elle a la même gouaille qu’une guichetière du train fantôme de la foire du trône) entonne d’emblée le joyeux refrain de « Nous cherchons quelqu’un d’expérimenté, avec de l’expérience
voyez.» Oui, je vois très bien. Et bah tiens, déjà échaudée par les kilomètres parcourus dans des chaussures trop petites, je lui coupe la parole en lui expliquant froidement mon parcours. Non mais, mince alors ! Du coup, elle se tait pour laisser la parole à la juriste. Là, rien à dire, elle est très bien, claire et plutôt avenante.
Mais bam. Voilà que la DRHache se remet à parler (je sens d’emblée qu’elle veut jouer le rôle de la méchante qui en a dans la caboche). Ce qui donne :
« Bon, ok, assez parlé des compétences techniques là. Moi je dis, il nous faut quelqu’un qui sache dire aux opérationnels que quand c’est pas possible, c’est impossible mais tout ça en restant cool, voyez ?
Et puis, dites-moi donc, je comprends pas bien, dans votre lettre de motivation, vous parlez de la création d’une chaîne mais euh, c’est pas ça du tout. V’z-êtes trompée d’annonce là. Parce que la chaîne, voyez, elle a été créée depuis un bail ( clin d’œil comique et coup de coude franc à sa voisine juriste) ».  
Ok. Très bien. Là, je mets de côté mes minauderies de petite fille de bonne famille et lui colle un droit direct. Jouissif. L’extase. Figurez-vous qu’elle venait de me lire une lettre de motivation d’une parfaite inconnue datant de novembre 2006. Véridique.
Alors, pour faire genre, elle se rengorge tel un gros pigeon idiot : « Ah oui, c’était pas la bonne lettre. Peu importe, mais dites-moi, vous travailliez sur quel produit quand vous étiez en stage dans la maison d’édition littéraire…?
» (Là, elle écorche le nom alors qu’il s’agit quand même de la plus connue de toutes..)
Réponse atone de ma petite personne : « Des livres. »
Et là, pas échaudée pour un sou, elle continue encore et encore son discours corporate à la Mord-moi-le-nœuds, en concluant par : « Pour conclure, je dirais qu’on a besoin de quelqu’un de cool, qui mette à l’aise les opérationnels parce que finalement, c’est le plus gros travail des juristes que la réponse aux questions des opérationnels. »
C’est ça, t’as tout compris Mylène. Mettons nous à l’aise là, le verbe beauf, une allure de produit dérivé et surtout une absence totale de tact, de sensibilité, de compréhension…Autrement dit…d’intelligence, du latin intellegentia (faculté de comprendre) dérivé du latin intellegere signifiant comprendre et dont le préfixe inter (entre) et le radical legere (choisir, cueillir) ou ligare (lier) suggèrent essentiellement l'aptitude à relier des éléments qui sans elle resteraient séparés.
Mais, après tout, soyons indulgents : A l’impossible, nul n'est tenu.

Cosmocronos

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