21.04.2008

Rencontre du troisième type

93J'arrive dès potron-minet en raison d'un rendez-vous planifié de longue date par les agents de notre chère Administration -pénitent...iaire- euh, excusez-moi, je me disperse, il s'agit en fait des ASSEZDISCONS, communément appelé : ASSEDIC. A quoi ces initiales peuvent-elles bien correspondre? Notre Président seul le sait. Amen.

Passons. Il est exactement 9 heures et 02 minutes à l'horloge high tech (si, si, Philippe Starck a réussi à faire des émules jusque dans les rangs de l'Administration Française, et avec des majuscules parce qu’on en est fier) du guichet d'accueil numéro 1 des Assezdiscons.

Docile, je me dirige donc vers ledit guichet où une dame accorte m'invite à répondre à ses…questions :

- Nom ?

- Mon nom de famille est X (oui, même mon image est floutée sur le papier. Que voulez-vous ? En ces périodes troublées, l’anonymat est de mise.)

- Papier d'identité, bitte.

- Oui, bien sûr, je vais vous donner ça.

Je farfouille fébrilement dans mon grand sac bordélique, et je ne trouve pas. Argh, si, ça y est ! Eureka ! Je sors mon larfeuille Jean-Paul Gaultier -au passage, j'ai à moitié honte, je suis en recherche d'emploi- mais je me reprends en repensant au bon vieux dicton de ma très chère maman : « Ma fille, mieux vaut faire envie que pitié ».
Mouais, dans la situation actuelle, j'en doute un poil, surtout que je sens le regard désapprobateur de l'agente d'accueil.
Bref, tant pis, je sors quand même ma carte d'identité, cachée sous un autocollant orange "Kampf dem faschismus! Auch in deinem kopf.", cadeau de faux frère au lendemain des élections.

- Rendez-vous donc à 9 heures et 30 minutes. Asseyez-vous lààà! me dit-elle en me pointant son majeur nicotiné vers une ribambelle de sièges métalliques perforés bleus tout-en-un (là, plus aucune trace de Philippe..)

- Ok ! (chef) mais là, j'ai pas osé.

Je m'assois de guingois sur un voire plusieurs de ces sièges, la ligne de démarcation n'est pas très claire ?! Bof, tant pis, suis la seule.
Là je somnole, ni plus ni moins, tentant par tous les moyens de ne pas trop réfléchir à ma petite condition. Je fixe une petite tâche grisâtre sur le linoléum bleu (assorti à la lignée de sièges) du hall des Assezdiscons.

Subitement, un bruit sourd surgit des enceintes fixées aux quatre coins de la pièce. Je me ressaisis, lève la tête et là, avise un homme d'âge mûr, front bas, cou de taureau et crâne rasé, le stylo-bille à l'oreille. Il se met alors à vitupérer un doux mot du haut de ses 1 mètre 50 millimètres : "EVACUATION obligatoire pour tout le personnel incluant le public".

Faisant partie de l'occlusion…Enfin, non, de l'inclusion en question, je me dirige vers la sortie, suivie de près par le personnel de la maison, composé essentiellement de femmes en molleton lainé, le chef de l'évacuation fermant la marche. Dubitative, je suis et m'arrête à l'entrée du bâtiment des Assezdiscons.
Malheureuse ! Le chef de file m'apostrophe en m'intimant de poursuivre mon chemin jusqu' au « Champion » du coin de la rue…
Eh oui, on est prévoyant aux Assezdiscons, on n'est jamais à l'abri d'une explosion.

Tout ce joyeux petit monde s'agglutine donc, docile devant l'attrayant supermarché du coin de la rue. Le personnel se conduit proprement, ni bousculades, ni cris, on peut juste voir deux/ trois cigarettes sortir des poches des paletots de quelques agents d'accueil (ils avaient prévu, étant plus près de la sortie, un aller et retour furtif au nez et à l'absence de barbe du chef des évacuations ayant été gérable).

J'attends. Nous attendons.

Le chef de file a l'air de réfléchir salement. Au plissement de son front, faisant bouger ses oreilles et par conséquent son stylo-bille, je sens qu'il va émettre un son -peut-être le taupe départ- Et bien oui, ce qui donne à peu près ça :

- C'est bien mise à part les portes. 

- Qu'est ce à dire ? pensais-je tout bas..

- Il faut savoir gérer les situations de crise, et là, je m'adresse exclusivement au personnel : Il faut fermer les portes à clé palsambleu quand on part de son bureau ! Et me remettre les clés pour que je puisse les remettre ensuite à l'agent d'accueil. Respectez la hiérarchie, non mais ! Rompez.

Sans commentaire. Oh et puis, "Assezdis(le)con !" 

Cosmocronos

 

 

 

 

 

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