19.05.2008
Et si on remettait ça?
Est-il nécessaire de refaire les présentations ?
« Enchanté, Cosmocronos, juriste en recherche d’emploi. »
« Enchanté, M. ANPE, tête chercheuse, par défaut, d’emploi. »
Vous le remettez ?
Allez, on est bon alors pour un nouvel entretien mensuel avec Mister Job.
Il y a comme un air de déjà-vu en ce beau matin de printemps, qui plus est, je me retrouve par le plus curieux des hasards, dans le même box que la dernière fois (rappelez-vous, la déontologie anpe-esque prônant le nomadisme de leurs conseillers).
Comment donc ? Cela signifierait-il que je ne connaîtrai peut-être jamais le box du côté gauche de la sortie de secours ?
La mort dans l’âme, je m’installe gentiment face to face devant M.ANPE. L’heure des règlements de compte ayant sonné, je lui explique rapidement mes entretiens (infructueux) passés et conclus par une brève de comptoir sur la frilosité des entreprises à recruter des jeunes diplômés.
Ô malheureuse ! Tu avais ouvert la brèche, si bien qu’en ni une ni deux, M.ANPE s’y engouffre, porté par un lyrisme charabiabia..bibi..à la Bibi Fricotin !
Mais, d’abord, il s’excuse. Oui en fait, il ne sait plus trop qui je suis :
« Je sais que je vous ai déjà vu mais…où ? Quand ? »
C’est bon. La machine repart. Il m’abreuve alors de conseils, battus, rebattus et pré-machés, sur le comportement à adopter lors d’un entretien : « Pour mieux vous connaître, il faut mieux vous présenter », « il faut savoir parler de manière audible, en évitant les expressions fâcheuses ». Et j’en passe et des meilleures.
Attendez, j’oubliais la grosse cerise confite sur le pauvre gâteau anémié : je dois aussi et surtout envoyer des lettres de remerciements.
….. Pourquoi tant de haine ? Serait-ce un don du ciel que de se retrouver systématiquement dans de telles situations ? Abasourdie, je lui demande des explications. Quid ? En plus de te faire jeter par une DRHâche aigrie, il faudrait en plus que tu la remercies pompeusement via une lettre manuscrite ? Genre, on ne sait jamais, d’ici que le candidat qu’ils ont retenu à votre place, trépasse d’un coup d’un seul dans la broyeuse à papier. Y’aura du rechange direct ! Pas besoin de repasser par un lourd processus d’essoreuses à salades, ils penseront immédiatement à vous. Et tout ça grâce à cette fameuse lettre. Il est bien lui car il en veut ! On le jette et il en redemande. C’est le bon.
Mais, non t’as rien compris, c’est plus subtil…en fait, c’est même s-t-r-a-t-é-g-i-q-u-e ! Bah oui, cette lettre serait un complément à ton entretien oral, permettant d’asseoir ta candidature s’ils hésitent à t’embaucher.
Bien sûr, suis-je bête ?
« Merci Monsieur, Madame, de m’avoir reçu, c’était gentil à vous. Alors soit, j’ai bafouillé, vous aussi. Vous hésitez, moi aussi. Mais je vous saurai gré de ne pas en tenir compte car je suis vraiment motivée par le poste. Je reste entièrement à votre disposition et si vous le voulez, je pourrai même travailler bénévolement dans votre entreprise. En vous remerciant et au plaisir distingué. »
Et voilà, l’affaire est dans…la lettre !
M.ANPE continue donc sa propagande "lettres de remerciements", via une métaphore des plus bucoliques : « Voyez, il faut être conscient que les entreprises sont un peu rétives à embaucher, le marché de l’emploi est bien irrationnel et si vous me permettez l’image : le recruteur, c’est un peu le lapin de garenne pris dans les phares d’une voiture en pleine nuit. Il a peur et il s’enfuit. Il est craintif.»
Bref, tout ça pour dire que : « Si la connerie n’est pas remboursée par les assurances sociales, vous finirez sur la paille. » ( de Michel Audiard, un Singe en hiver.)
Cosmocronos
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